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Jean-Julien LEMORDANT, le « fauve » breton

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Jean-Julien Lemordant, un peintre breton à découvrir du 12 janvier 2018 et jusqu’au 7 avril 2018 au Musée de Morlaix ou plus exactement à la maison à Pondalez située Grand rue.

Salle Lemordant

Jean-Julien Lemordant est un peintre breton qui a vécu une vie tragique. Il nait le 26 juin 1878 à Saint-Malo et perd son père qui était maçon et marin à l’occasion lorsqu’il n’a que 11 ans. Suite à ce décès, sa mère  s’installe à Rennes comme lavandière. Orphelin dès l’adolescence et sans ressource, Jean-Julien Lemordant fréquente les cours du soir de l’Ecole des Beaux-Arts de Rennes où il est le condisciple de Mathurin Méheut, Camille Godet, Pierre Lenoir et Albert Bourge. Son talent de peintre repéré lui permettra de bénéficier d’une bourse de la ville. En 1895, il monte à Paris où il complètera sa formation auprès du peintre Léon Bonnat. Sa peinture sera influencé par les peintres de l’Ecole de Pont-Aven, par le fauvisme et le peintre Charles Cottet. Il partage son travail entre Paris et la Bretagne.

Lemordant atelier

En 1904, le jeune peintre de 26 ans s’installe à Saint-Guénolé dans son atelier sur les rochers face à la mer et commence une observation attentive des marins et paysans en pays bigouden. Il traduit avec audace la nature violente et la lutte des hommes au moyen de touches éclatantes et épaisses. De 1906 à 1909, il décore la salle à manger de l’Hôtel de l’épée à Quimper. Le travail est colossal : 65 m² de murs à peindre percés de 11 portes. Jean-Julien Lemordant réalisera 23 peintures groupées en cinq séquences ; cinq grands ensembles sur la vie des côtes bigoudènes : "Dans le vent" et "Contre le vent", visibles au musée des Beaux-Arts de Quimper, "Le pardon", "Le goémon", "Le port". La critique est enthousiaste.

En 1912, le maire de Rennes Jean Janvier lui commande le plafond du théâtre, aujourd’hui opéra. C’est un travail considérable d’une surface de plus de 132 mètres carrés, le plafond mesure en effet 13 mètres de diamètre. Le montant de la commande est de 15 000 Francs. A la séance du conseil municipal, le 28 janvier 1913, Jean Janvier, maire de Rennes, présente son rapport : " Le sujet de la composition qui doit orner le plafond de la salle de spectacle est une danse bretonne dans laquelle figureront les costumes les plus beaux et les plus variés de notre province. L’artiste à qui je vous demande d’en confier la commande est Monsieur Lemordant qui a beaucoup de talent. Nous sommes persuadés qu’il fera là une œuvre fort bien  traitée et s’harmonisant avec l’ensemble".

"J’ai voulu me dégager de l’atmosphère du moment : alors qu’à Paris les peintres des théâtres reprenaient les thèmes néo-classiques des allégories, j’ai choisi la vie réelle. J’ai voulu me dégager du trop pittoresque, pour idéaliser, spiritualiser, atteindre à quelque chose de général ; il y a trop de fausses bretonneries, de biniouseries qui ont causé, qui causent encore bien du tort à la Bretagne ! J’ai voulu échapper aux modes passagères, aux détails temporaires des costumes, pour saisir le permanent." Interview de Jean-Julien Lemordant par Georges Langlade, "A la gloire de la danse bretonne, jean-julien Lemordant, fauve de Bretagne ", dimanche trois septembre 1967.

Son ébauche enfin acceptée, le peintre commence à travailler sur les dessins préparatoires des différentes figures. Il séjournera dans plusieurs lieux de Pont-Aven à Port-Manech, en passant par Fouesnant, Huelgoat, Plougastel-Daoulas ou Pont-L’Abbé faisant poser des modèles en costume. Il multiplie les études des 27 figures au lavis, fusain, gouache, et huile et durant l’automne et l’hiver s’enferme dans son atelier de Port Royal pour peindre les différentes toiles qui vont constituer le décor du plafond du théâtre. Cette grande étude de l’un des personnages féminins, offerte au Musée de Morlaix, s’inscrit dans une suite nombreuse de dessins et de peintures préparatoires à la réalisation du plafond.

On connait au moins 60 études préparatoires à cette grande composition. Le Musée de Morlaix possède une des études du plafond, Projet pour la décoration du théâtre de Rennes, huile sur toile.  Le 27 avril 1914, les toiles sont acheminées à Rennes et assemblées de façon très délicate. Les retouches seront réalisées sur place.

Jean-Julien Lemordant y peint une farandole bretonne dans laquelle hommes et femmes, mains nouées, bras balancés, tutoient les nuages.

Lemordant danse 1

Lemordant danse 7

Lemordant danse 2

Lemordant danse 3

Lemordant danse 9

Lemordant danse 10

Sa palette très colorée est une de ses principales qualités et il sait admirablement représenter les mouvements des hommes, les danses, mais aussi ceux de la mer, du vent et de la pluie.

Lemordant danse 11

Lemrdant danse 4

Lemordant danse 8

Ce décor est inauguré par le Président Poincaré à Rennes le 1er juin 1914. C’est un succès immédiat et toute la critique s’accorde à voir un grand artiste. Blessé sur le front de guerre le 4 octobre 1915 durant la bataille d’Artois, il perd la vue. De multiples opérations lui permettront de recouvrer la vue avec éclipses en 1935 et de reprendre la peinture et même du service pendant la seconde guerre mondiale. De juillet à septembre 1967, une exposition de ses esquisses et études pour le plafond du théâtre de Rennes eut lieu au musée des beaux-arts de Rennes. Il meurt le 11 juin 1968 à Paris, à la suite d’une complication pulmonaire, incommodé les jours précédents par les gaz lacrymogènes.

Lemordant signature

 

 

 

 

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